Charles A. Vogel

Parcours de Drs Alumni : 60 minutes avec Charles Vogel

La mission du doctorant est très variée, et ne consiste pas exclusivement à mener une recherche scientifique ; il est aussi nécessaire de développer des compétences de travail en équipe, gestion des ressources, rédaction et de communication. Celles-ci sont précieuses pour évoluer dans la science ou dans tout autre domaine…Le doctorat est donc une bonne école de vie. 

Photo ©JG - Ecole doctorale FBM
Photo ©JG – Ecole doctorale FBM
  • Date de naissance : Le 20 avril 1966 à Lausanne
  • Date de la soutenance de thèse: Septembre 1996
  • Titre de la thèse : « Experimental Radioimmunotherapy and Radiotherapy of Human Colon Cancer Liver Metastases in Nude Mice and Potential Combination with Cytokines », en d’autres termes il s’agissait d’un modèle expérimental de traitement combiné de métastases du cancer du côlon humain réalisé sur des souris.
  • Directeur de thèse : Dr Franz Buchegger, Service de médecine nucléaire du CHUV et Département de Biochimie UNIL (Centre des laboratoires d’Epalinges)-Laboratoire du Prof. Jean-Pierre Mach
  • Poste actuel : Directeur de l’administration patient du CHUV

Drs Alumni Network : Pourquoi avoir choisi d’étudier la biologie?

Charles A. Vogel : Des études scientifiques me paraissaient être une évidence. J’ai dans un premier temps choisi une filière d’ingénierie à l’EPFL, mais après une année, j’ai constaté que cela ne me correspondait pas. Je me suis donc remis à réfléchir à mon orientation universitaire. J’avais le choix entre la médecine et la biologie. Je me suis décidé pour cette dernière, qui me permettait de mieux concilier les études avec des activités extra-études que je menais. Je me retrouve aujourd’hui dans un domaine proche du monde médical, et ce n’est probablement pas par hasard.

Le doctorat était une option. Pourquoi vous êtes vous lancé dans une thèse?
Le meilleur moyen pour travailler dans la recherche en biologie, est de commencer par obtenir un diplôme, puis d’effectuer un doctorat. Donc, c’était un passage obligé pour pouvoir vérifier si cela me convenait. Ce qui m’intéressait, c’était avant tout la recherche appliquée, d’où le choix de réaliser une thèse en hôpital, pour bénéficier de l’aspect concret et opérationnel. Comme vous pouvez le constater, je suis resté fidèle à cet intérêt.

Pourriez-vous nous parler de ce que vous avez réalisé en parallèle à vos études ?J’ai fait beaucoup de scoutisme ; j’organisais aussi de nombreuses activités pour les plus jeunes. Avoir une activité extra-universitaire est crucial pour le réseau, pour les amitiés, mais aussi pour développer d’autres connaissances que celles strictement scientifiques. Que ce soit du scoutisme, du sport ou de la musique, du moment que c’est une activité d’équipe, cela permet de faire appel à d’autres compétences qui m’ont par la suite été précieuses après mes études universitaires.

Quelle est votre opinion au sujet des formations en lien avec le développement professionnel  des doctorant·e·s?
ll me paraît tout à fait logique pour une université et, à fortiori, pour une école doctorale, de s’intéresser aux débouchés possibles au sein de l’industrie et d’autres domaines en lien avec la science. C’est ce qui fait, à mon sens, la réputation et la qualité d’une école doctorale.

Vous êtes maintenant Directeur de l’administration patient du CHUV. Faites-nous découvrir votre parcours…
Directement après ma thèse, j’ai été engagé dans une entreprise de consulting en organisation d’entreprise. Là, j’ai bénéficié d’une formation, qui m’a permis de devenir consultant senior, puis manager et chef de projet. Le CHUV était à la recherche d’un consultant alliant deux compétences : la gestion de projet et la connaissance du milieu hospitalier… Et il s’est avéré que j’étais la bonne personne présente au bon moment. La direction de l’administration patient, responsable notamment de la facturation, m’a été confiée par la suite. Je pense qu’il y a quatre aspects à prendre en considération pour s’épanouir professionnellement: le savoir-être, à savoir ce qu’on est, le savoir-faire, qui consiste en ce qu’on a appris, la motivation et le réseau. Ce dernier est très important et se crée avant tout au moyen d’amitiés.

A quel moment avez-vous compris que vous souhaitiez mener une carrière en dehors du monde académique?
Il n’y a pas eu de moment précis, je l’ai compris au fur et à mesure. Puis, il y eu une opportunité que j’ai voulu saisir. C’est d’ailleurs le conseil que l’on pourrait donner à tout doctorant : « Soyez passionnés et motivés et si vous ne l’êtes pas ou plus, ce n’est pas grave, mais n’attendez pas trop longtemps avant de vous réorienter. Bien orienter sa carrière à la fin de la thèse peut s’avérer être un succès. » Un entretien régulier d’appréciation avec chaque doctorant pourrait d’ailleurs se révéler très bénéfique.

Faites-nous découvrir votre métier…
L’administration patient du CHUV, que je dirige, fait partie du département administration et finances. Ce service pluridisciplinaire (de près de 250 collaborateurs)  est responsable de l’émission d’environ 600’000 factures par année ; une grande partie de la mission consiste donc à s’assurer que ces factures soient correctes, exhaustives … et payées. Une équipe de spécialistes en codage médical est en charge de l’interprétation médicale de la documentation, voire de la justification auprès des assureurs. Un groupe d’économistes, de juristes/avocats s’occupe aussi des conventions, des tarifs et des litiges juridiques. Ce qui me passionne, c’est l’hétérogénéité des tâches qui vont de l’accueil des patients et des visiteurs -et qui relèvent notamment du savoir-être et de compétences d’hôtellerie- à des éléments financiers et d’application des règles tarifaires et de facturation, qui entrent dans la catégorie du savoir-faire.

A votre avis, quelles sont les compétences nécessaires pour mener à bien une telle mission ?
Plusieurs expériences en organisation du travail et d’entreprise sont indispensables, alliées à des compétences en gestion des ressources humaines. Il faut aussi être sensible aux enjeux et contraintes du métier: on ne dirige pas une équipe administrative d’un hôpital de la même manière qu’une équipe administrative d’une usine, d’une banque, ou d’une université.

Le grade de docteur vous a-t-il aidé?
Je suis persuadé que le doctorat est un plus. La mission du doctorant est très variée, et ne consiste pas exclusivement à mener une recherche scientifique; il est nécessaire de développer des compétences de travail en équipe, gestion des ressources, rédaction et de communication. Celles-ci sont précieuses pour évoluer dans la science ou dans tout autre domaine. J’ai eu la chance d’avoir rédigé des articles, bénéficié de formations et réalisé des visites d’autres hôpitaux. Le doctorat est donc une bonne école de vie.

Quelle place la biologie a-t-elle dans votre poste actuel ?
Dans mon service, nous facturons tous les jours des services libellés avec une nomenclature médicale. C’est donc indispensable de comprendre ce que l’on fait. Ce que j’ai appris pendant mes études et mon doctorat, je l’utilise tous les jours.

Que conseilleriez-vous à un étudiant PhD en matière de préparation à la carrière?
Avoir un objectif, savoir ce que l’on veut, et travailler pour y arriver sont les ingrédients principaux. Mais, il est aussi nécessaire de planifier sa carrière avec souplesse, sans s’obstiner, et parfois se réorienter. Auparavant, l’adage qui prévalait était « une vie, un métier ». Aujourd’hui, on change au moins une ou deux fois de métier dans sa vie. Favoriser les opportunités et prendre quelques risques en suivant son intuition est une attitude qui peut porter ses fruits. Dans tous les cas, il faut donner de sa personne pour pouvoir progresser et obtenir ce que l’on souhaite.

Quels sont les expériences ou personnes qui ont marqué votre parcours professionnel ?
L’environnement dans lequel j’ai effectué ma thèse était constitué de personnes engagées envers la recherche et la formation. Ces personnes sont des modèles pour les jeunes doctorants. De la même manière, les chefs scouts l’ont aussi été pour mes collègues scouts et moi-même.

Quel est le cours auquel vous souhaiteriez retourner demain ?
Le cours de biochimie donné par le Prof. Claude Bron. Je me suis retrouvé par la suite, un peu par hasard, dans son département de biochimie, car mon directeur de thèse était basé à moitié au CHUV et à moitié au sein de cette division.

Quel est votre lieu préféré à l’UNIL ?
La terrasse du Collège propédeutique (l’actuel Amphipôle, ndlr) avec la magnifique vue sur le lac et les Alpes !

Article: Milena Metzger & Laura De Santis.
Une publication de l’Ecole doctorale de la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL.